« Ce qui différencie les américains, c’est la culture du risque » Bertrand Schmitt, cofondateur d’App Annie (ISEP 1999)

Interview du Fondateur et Président du Conseil d’administration d’App Annie

(App Annie fournit les données des apps les plus fiables du marché et des insights utilisables directement).

Votre réussite est fulgurante, quelles ont été les étapes?

Mon intérêt pour le secteur du mobile a germé il y a 25 ans avec les calculatrices HP, pour lesquelles j’ai développé des applications en assembleur. Puis, j’ai construit l’intégralité de ma carrière dans la mobilité, les applications et Internet.

J’ai créé une première société dans le domaine de l’Internet en 1998, soit un an avant la fin de ma scolarité à l’ISEP. Nous avons développé l’un des premiers moteurs  d’adaptation de contenus dédié aux services WAP. Je suis ensuite parti aux Etats-Unis suivre un MBA à Wharton de 2002 à 2004.

Je suis revenu en France et mon intérêt pour l’analyse des données s’est focalisé sur la société Zandan dont j’ai pris la direction marketing, puis la direction générale. Après la vente de cette société en 2008, j’ai décidé de rejoindre Gomez, une société internationale d’origine américaine ayant des équipes d’ingénieurs en Chine. Mon but était alors de partir en Chine pour compléter mon expérience européenne et américaine.

J’ai créé la société App Annie en 2010 à Pékin en voyant la montée en puissance des apps et ayant compris que les apps stores aideraient beaucoup au développement des contenus sur les mobiles. Nous avons eu un focus sur la fourniture  d’analytics agrégées et de données de marchés pour les apps. Pour simplifier, nous sommes vus comme le « Nielsen / Comscore / Bloomberg » pour les professionnels des apps.

En 2011, nous avons signé nos premiers clients et notre première levée de fonds. Jusqu’en 2016, nous avons réalisé une levée de fonds environ tous les 15 mois.

Nous avons triplé notre chiffre d’affaires ainsi que la taille des équipes chaque année, pendant les premières années. En moins de cinq ans, nous sommes passé d’une seule structure située à Pékin à une dizaine d’autres bases.

En 2014, nous avons déménagé le siège social à San Francisco, tout en gardant le cœur des équipes techniques à Pékin afin d’être plus en contact avec la majorité de nos clients, partenaires et investisseurs, et de faciliter le recrutement. C’est aussi l’année où nous avons commencé les acquisitions.

A partir de 2016, nous avons étendu notre base de clients, qui ciblait principalement les grandes entreprises technologiques, les investisseurs, et les éditeurs de jeux vidéos vers de nouveaux marchés plus traditionnels, tels que les banques, le commerce, les transports, le digital, etc. Nous avons en parallèle fortement développé notre gamme de produits.

Quels ont été les défis à relever? De quoi êtes-vous le plus fier?

Le défi à relever était d’enregistrer une forte croissance et nous avons ainsi atteint 100 millions de dollars de revenus récurrents annuels au début de l’année 2019, nous avons créé la suite de données de marché concernant les apps la plus complète au monde et nous réalisons un chiffre d’affaires global réparti  à 40% en Amérique, 40% en Asie, 20% en Europe.

Je suis fier d’avoir fait monter notre effectif à 350 personnes sur 12 sites et de maintenir une culture d’entreprise commune et soudée entre toutes les équipes.

Pour assurer notre financement, nous avons levé 150 millions de dollars sur 5 levées de fonds avec des investisseurs comme Sequoia, IVP, IDG Capital, Greycroft, etc.

Quelle leçon doit-on prendre des Etats-Unis dans l’entrepreneuriat en matière de business?

App Annie n’est pas qu’une aventure américaine, c’est aussi une aventure très globale. Ce qui différencie les américains, c’est la culture du risque, de rêver grand, d’aller vite et d’oser viser le marché mondial. On se pose moins de questions, on privilégie l’action à l’analyse et les métriques aux longues discussions.

Quels souvenirs gardez-vous de l’ISEP?

De bons souvenirs. J’ai toujours aimé la programmation, c’était la partie facile pour moi car je m’y suis intéressé depuis que j’étais très jeune. A l’ISEP, j’ai appris la rigueur, l’esprit ingénieur qui consiste à découper les problèmes complexes pour les résoudre plus simplement.

Quels sont vos conseils à un élève-ingénieur de l’ISEP aujourd’hui?

D’essayer d’avoir des compétences réellement pointues sur certains sujets techniques précis et de ne pas négliger les « soft skills » (les compétences humaines et relationnelles).

Ainsi, savoir « vendre » l’histoire aux équipes, aux clients, aux investisseurs est une partie très importante du business, quel que soit le domaine : ce n’est jamais la technologie seule qui l’emporte !

Plus d’infos sur https://www.appannie.com/fr/